Helen Levitt a 94 ans. Elle vit toujours à New York, sa ville de prédilection, celle qui l’a vu naître et qui a constitué la scène fondamentale de son oeuvre.
Helen Levitt a commencé à photographier dans les années 1930 à New York, la ville qu’elle aime par-dessus tout. Mais elle choisit ses quartiers : Brooklyn, Harlem, Lower East Side, là où s’étale la misère sociale. Son regard n’est pas dénonciateur. Elle observe sans parti pris, sensible à une certaine poésie urbaine et surtout aux gens qui fourmillent un peu partout, animent les rues de leur présence et plus particulièrement les enfants avec leurs jeux, leur énergie. Le décor est installé définitivement. Helen Levitt n’en changera pas, fidèle à elle-même et à la société qu’elle montre avec tendresse.
Ses influences ? On les trouve du côté d’Atget, Cocteau, Walker Evans et Cartier-Bresson qu’elle admire. "Un génie", dit-elle, après avoir vu son reportage sur le Mexique. Comme bon nombre de photographes, elle privilégie le noir et blanc jusqu’au début des années 1970 où elle s’intéresse à la couleur, pas dans un souci esthétique, mais toujours au service du climat, de l’atmosphère. À propos des photos d’Helen Levitt, un critique a parlé d’« accident poétique ».
Inspirée par le surréalisme, le cinéma de Jean Cocteau, les photographies d’Atget, de Ben Shahn ou de Weegee - Helen Levitt avait par ailleurs rencontré Walker Evans et Cartier-Bresson au début des années 1930. Ces deux amitiés ont eu une influence indiscutable sur sa détermination à devenir photographe elle-même, puis sur sa façon de vivre sa passion. Comme Cartier-Bresson, elle adopta le Leica, et elle partit pour la seule et unique fois de sa vie en voyage, au Mexique en 1943. Elle servit d’ « alibi » à Walker Evans quand il réalisait sa fameuse série sur le métro new yorkais. Accompagné, il passait plus inaperçu. Helen Levitt réalisera à son tour une série dans les années 1960.
Helen Levitt s’est par ailleurs beaucoup intéressée au cinéma. Elle réalisa deux films en collaboration avec James Agee et Janice Loeb, considérés comme précurseurs du cinéma américain indépendant : The Quiet One en 1949, puis In the Street en 1952. Ils seront projetés régulièrement durant l’exposition.
L’exposition de la Fondation HCB rassemble une centaine de photographies, noir et blanc et couleur, emblématiques ou inédites, réalisées entre les années 1930 et 1980, pour la plupart à New York, mais aussi de rares images de son voyage au Mexique - mises en parallèle avec celles que Cartier-Bresson y avait réalisées quelques années auparavant. Réputée pour son travail noir et blanc, Helen Levitt avait par ailleurs reçu en 1959 une bourse Guggenheim pour étudier les techniques de la photographie couleur (la bourse fut renouvelée en 1960). Son travail couleur, moins connu, compte néanmoins des images devenues célèbres, comme cette petite fille mystérieusement accroupie dans un caniveau devant une voiture d’un vert presque fluorescent. L’ensemble de ses premières prises de vues en couleur fut volé au début des années 1970. Mais Helen Levitt reprit son travail, et en 1974 le MoMA organisa une projection continue de 40 de ses photographies couleur : une manière innovatrice de présenter son oeuvre, et une nouvelle consécration.
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La plupart des tirages exposés à la Fondation HCB a été empruntée à la galerie Laurence Miller de New York, qui la représente, mais aussi à des institutions publiques françaises et à des collectionneurs privés. La majorité des tirages noir et blanc sont des tirages d’époque, notamment des séries très émouvantes de petits vintages apportant un nouvel éclairage sur des images emblématiques. Les tirages couleurs, une trentaine, d’une modernité exceptionnelle, sont des dye transfers, procédé aujourd’hui quasiment disparu.
Fondation Henri Cartier-Bresson
web: www.henricartierbresson.org/
2, impasse Lebouis 75014 Paris
tél. : 01 56 80 27 01
Horaires : mar. au dim. de 13 heures à 18 h 30, sam.
de 11 heures à 18 h 45 Jusqu’au 23 décembre
11 octobre 2007
Helen Levitt à la Fondation Henri Cartier-Bresson
Scènes de rue jusqu’au 23 décembre
Publié par
Eric Clermontet
à
14:28
Libellés : Fondation Henri Cartier-Bresson, Guggenheim, HCB, Helen Levitt, Henri Cartier-Bresson, Leica, Paris, Photo, photographie


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